Les poissons d’eau douce et leur lien avec l’écosystème du Léman

La pêche : Un défi mondial aux multiples facettes 

Dans les pays à revenu limité, la pêche de subsistance revêt une importance certaine. Elle représente la principale source de protéine pour des centaines de millions d’individus. À l’inverse, dans les pays riches, la pêche acquiert un caractère récréatif, culinaire mais aussi parfois professionnel, en particulier sur les grands lacs tels que le Léman.

 

Les étapes écologiques du Léman 

Le Léman a connu plusieurs étapes écologiques, passant d’un régime oligotrophe (pauvre en nutriments) à eutrophique (nourrissant), et se trouve aujourd’hui en état mésothrophique (moyennement nourrissant).   Chaque phase a exercé une influence notable sur les populations de poissons. Par exemple, la hausse du phosphore entre les années 1960 et 1980 a entraîné une diminution des Corégones, alors que l’amélioration de la qualité de l’eau depuis les années 1990 a favorisé un certain rebond de leurs effectifs.

 

Les poissons 

Saviez‑vous que les poissons d’eau douce constituent plus de la moitié des espèces pisciformes du globe, soit près de 18 000 ?   Pourtant, ils habitent des milieux qui ne représentent qu’un pour cent des environnements aquatiques, comme les lacs, les rivières et les étangs. Ces poissons assurent une fonction essentielle dans la balance de leur écosystème en modulant l’abondance et la variété des organismes qu’ils consomment, tout en étant eux‑mêmes soumis à la disponibilité de ces ressources alimentaires.

Le Léman, l’un des plus grands lacs d’Europe, compte une vingtaine d’espèces de poissons. Parmi elles, deux espèces emblématiques se distinguent particulièrement : la Perche commune (Perca fluviatilis) et le Corégone, appelé aussi Féra (Coregonus).   Le lac abrite également des Carpes, Tanches, Brochets ainsi que des espèces plus rares ou moins connues, telles que l’Ombre commun, la Grémille, le Vengeron, le Rotengle, le Chevaine, le Carassin, la Brème, le Barbeau, l’Ablette, le Vairon, le Spirlin, le Chabot, l’Épinoche, l’Anguille (pas vu depuis longtemps), la Perche Soleil, la Loche et le Silure.

 

La Perche commune : Un poisson qui s’adapte très bien à son environnement lémanique

La Perche commune appartient à la famille des Percidae et prospère dans une variété d’habitats d’eau douce, des lacs paisibles aux mers légèrement saumâtres telles que la mer Baltique. Ce poisson se trouve naturellement dans presque toute l’Europe.

La Perche peut tolérer une vaste étendue de températures aquatiques, même si des chaleurs estivales de 31 °C sont mortelles pour elle. En saison froide, elle privilégie des eaux proches de 0 °C, alors que les températures du printemps doivent être assez élevées pour permettre sa reproduction. Aujourd’hui, la pêche conserve une importance notable, mais il faut la gérer avec précaution afin d’éviter la surexploitation et de préserver les populations de poissons.

Les Corégones : Un passé abondant mais d’un avenir précaire pour ne pas dire incertain maintenant.

Les Corégones, proches parents des saumons et des truites, sont des poissons qui privilégient les eaux froides et riches en oxygène. Ils recensent plus de 30 espèces distinctes dans les lacs périalpins, chacune s’étant développée après la dernière glaciation (commencée il y a 115 000 ans et se terminant il y a 11 700 ans).

Coregonus lavaretus lavaretus © Biopix : N Sloth

Elle est très recherchée, notamment par les chefs étoilés, bien que sa conservation reste délicate au‑delà d’une journée.

Le corégone est désigné sous le nom « palée » dans les lacs suisses. En France, il se trouve presque exclusivement dans la région Rhône-Alpes, au sein des grands lacs alpins. On l’appelle « lavaret » au lac du Bourget ainsi que dans les plus petits lacs subalpins (Lac d’Aiguebelette, de Nantua, de Paladru, de Laffrey, d’Issarlès, etc.) et en Franche-Comté (lacs du Jura) ; « corégone » au lac de Serre-Ponçon, et aussi « féra » au Léman, au lac de Joux ou d’Annecy. Il convient de souligner que la gravenche constituait une forme autochtone de corégone du lac Léman, souvent désignée comme petite féra ou corégone du Léman. Elle a disparu dans les années 1920, essentiellement à cause de la surpêche et d’une épizootie.

 

Quelques chiffres 

Très en retrait des espèces phares du Léman en termes de volume, le brochet reste moins pêché. Les statistiques diminuent pour la cinquième année d’affilée. En 2022, on en a extrait 14 tonnes du lac, soit 7 tonnes de moins qu’en 2021. Il en va de même pour l’omble-chevalier, dont la présence diminue : 10 tonnes en 2022 contre 13 en 2021. Une autre forte baisse concerne l’écrevisse signal, pourtant qualifiée d’« espèce exotique envahissante », qui est passée de 17 tonnes en 2018 à 4 tonnes en 2022. À l’inverse, le volume de truites a progressé de 4 tonnes : 6 tonnes en 2021, 10 tonnes en 2022 (probablement grâce à la nouvelle méthode d’alevinage, réalisée très près du rivage et en partie en rivière, où naît la truite lacustre.

Sur le Léman, les salmonidés (Truite, omble et corégones) revêtent une valeur patrimoniale certaine, représentant 32 % des captures en 2023.

Environ 6400 permis ou cartes annuels de pêche ont été accordés l’an passé par les autorités suisses et françaises. Ce chiffre révèle l’intérêt du public pour la pêche de loisir du Léman.

 

La féra et les évolutions climatiques 

Le phytoplancton se compose de multiples algues unicellulaires et microscopiques. Ces algues sont indispensables à l’alimentation de certains animaux tels que les bivalves filtreurs (les moules).   On les rencontre principalement dans les couches superficielles, puisqu’elles recourent à la photosynthèse pour se développer.   Le phytoplancton constitue le premier maillon de la chaîne alimentaire. Néanmoins, il n’alimente pas directement les alevins de poisson, mais il encourage la croissance du zooplancton, lui herbivore comme les rotifères, copépodes, nauplies d’artémias… En ingérant le phytoplancton, le zooplancton obtient des éléments nutritifs, élément essentiel pour le bon approvisionnement des larves, en particulier celles des féras.

Malheureusement, outre le zooplancton consommé par les moules, il existe un écart entre le moment où le zooplancton apparaît et celui où les alevins arrivent. En conséquence, ces derniers finissent par souffrir de la faim.

La situation n’étant pas très favorable pour la féra, des décisions sont prises

Une capture massive, utilisant des filets nommés « grands pics » et « coubles », interconnectés et pouvant s’étendre sur plusieurs centaines de mètres (jusqu’à 900 m), a autorisé en 2013‑2014 la capture de près de 900 tonnes de féra. Mais en l’espace de quelques années, les captures des pêcheurs professionnels sont tombées à 170 tonnes (en 2022) en raison de la surpêche, des variations climatiques, de la moule Quagga et de leurs effets.

Afin de sauvegarder cette espèce, la décision prise en 2022 a consisté à allonger de quatorze jours la période de protection des salmonidés, intervalle durant lequel ces poissons sont interdits de capture. Depuis 2024, cette échéance est fixée au début du mois d’octobre. Le but est de sauvegarder près de cent millions d’œufs en mettant à l’abri les reproducteurs de corégones avant la saison de fraie, tout en ne se reportant pas sur la pêche de l’ombles chevalier. Une seconde mesure a été adoptée : à compter de janvier, la longueur minimale autorisée pour la capture des corégones passe à 37 centimètres, contre 30 centimètres aujourd’hui.

Les scientifiques pensent que les femelles corégones doivent mesurer au moins 35 centimètres pour pouvoir se reproduire au moins une fois. Cette donnée s’applique aux pêcheurs professionnels. On compte 138 d’entre eux actifs sur le Léman, responsables de 90,3 % des captures totales.

 

Le futur des salmonidés dans le Léman 

En raison du réchauffement climatique et de l’absence de brassage complet des eaux, provoquant un manque d’oxygène dans les profondeurs du Léman, l’avenir des salmonidés dans le Léman reste incertain. Seuls des hivers très froids et venteux assurent un mélange vertical important des eaux, garantissant une homogénéisation des nutriments, de l’oxygène et de la température de la surface jusqu’au fond. Alors que la Perche semble mieux s’adapter aux variations de température, le Corégone pourrait souffrir davantage du réchauffement des eaux.

En conclusion, il est primordial de sauvegarder ces espèces fascinantes grâce à une gestion rigoureuse et à une mobilisation collective afin de protéger les milieux qui les hébergent.   Ces poissons ne sont pas uniquement des indicateurs de la santé de nos lacs, ils remplissent également une fonction essentielle dans notre patrimoine naturel et culturel.