Protection des espèces et protection de l’économie

Pour préserver les féras, truites et ombles les pêcheurs français et suisses depuis 2024 ont accepté des mesures restrictives.
Le réchauffement climatique contribuera demain à la reclassification de la truite lacustre dans les classes « En danger critique d’extinction » voire après-demain « Disparu sur le Léman ». La question n’est pas vraiment si cela va se produire mais quand … et plutôt quelles mesures de protection faut-il prendre et quand ?
Le Plan d’Aménagement Piscicole franco-suisse (PAP) a apporté quelques réponses avec la réduction de 50 % des quotas journaliers et annuels de truites capturées par la pêche amateur qui entrera en vigueur en 2026 ainsi que pour les professionnels l’interdiction des filets à truites utilisables dès l’ouverture jusqu’au 31 mars qui entrera aussi en vigueur en 2026.
Sur le Léman, la truite lacustre est aujourd’hui le seul poisson noble du Léman classé « Fortement menacé » sur la liste rouge de la Confédération Suisse.
Même le déficit et les entraves à sa migration ne reçoivent aujourd’hui que peu d’attention, voir le projet hydroélectrique sur la basse Dranse au seuil de Vongy. Peut-être faudra-t-il faire classer la truite lacustre comme poisson migrateur au regard de son cycle biologique (croissance en lac, reproduction en rivière) et cela malgré la faible distance de cette migration. En l’absence de cours d’eau libre d’obstacle et de structures naturelles, elle ne pourra plus se reproduire à long terme et elle est vouée à disparaître. La Fédération de pêche de Haute-Savoie écrit en outre dans son Avis technique :

« Une partie des géniteurs retrouvés en amont du seuil de Vongy pendant le suivi de la passe à poisson de 2010 à 2013 sont montés par le seuil directement et non par la passe à poisson. Lors de la réunion du mardi 8 février, la DDT s’interrogeait des conséquences du rehaussement et de l’assèchement du seuil, à savoir si cela rendrait plus difficile voire impossible son franchissement par les géniteurs de truites lacustres. Il apparait clairement que ce serait en effet le cas. Cette solution conduisant à une perte de la capacité à franchir de l’ouvrage est donc à considérer comme un nouvel obstacle à la libre circulation des poissons, ce qui n’est pas envisageable compte tenu du contexte réglementaire et stratégique de ce tronçon. La Dranse est à l’échelle du lac l’un des deux plus gros contributeurs de l’avis de la Fédération de Haute-Savoie pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique. Sachant que le lac apparait déficitaire pour la reproduction de la truite lacustre, il est indispensable de préserver cette ressource naturelle d’autant que les alevinages n’ont jusqu’alors pas montré pouvoir compenser cette perte.»

Cependant, la truite lacustre est au Léman ce que le dauphin commun est au golfe de Gascogne.
En effet, elle survit difficilement à sa capture accidentelle dans les filets à perche dans sa jeunesse, puis dans les pics à féra pendant son adolescence et évidemment de même à l’âge adulte en tant que géniteurs/ reproducteurs. Et quoi penser de la prédation des jeunes truites, qui sont en surface l’hiver, par les cormorans ? Peut-être faudrait-il voir la nécessité de quantifier ces différentes sources de mortalité des jeunes truites.
Comme dans le golfe de Gascogne, vouloir sauver voire protéger la truite lacustre ne pourra pas se faire sans, dans un espace-temps défini, un impact sur d’autres espèces d’importance économique non contestée (corégone et perche, respectivement dans une forte et faible mesure) et des mesures d’accompagnement de la part des autorités pour les pertes engendrées (survie de la pisciculture de Rives). C’est le prix à payer. Il nous semble illusoire de penser que des mesures ciblées principalement sur la pêche amateur puissent garantir un avenir radieux à la truite lacustre. (8% du total des poissons pêchés par les amateurs toutes les espèces confondues). Si on se focalise sur la truite et le poids des captures entre 2010 et 2021 (12 ans) c’est 40,3% .

Dominique Modaffari
Trésorier de l’APALLF